VirageS dangereux, éditions le bas vénitien

Visuel photo de la couverture de « Virages dangereux », recueil de nouvelles d’Annick Demouzon, finaliste des prix de la femme renard et du prix de la ville d’Angers-Harfang.

—  Prix de l’AGORA 2016

— Finaliste du Prix de LA FEMME RENARD-LAUZERTE, Place aux nouvelles 2012

— Finaliste du Prix de LA VILLE D’ANGERS — HARFANG (dans une première version, plus courte)

Chacune des dix-sept nouvelles de Virages dangereux relate un tournant dans la vie de ses héros. De la naissance à la mort, du repas du dimanche au virage routier, du passage à l’âge adulte à l’abandon de la burqa, ils aiment, ils pleurent, ils rient.

Entre virage et dérapage plus ou moins contrôlé, il n’y a qu’un pas. Le regard d’Annick Demouzon sur le monde peut être terrible, noir, corrosif, avec pourtant une véritable empathie envers ces personnages qui nous ressemblent tant.

Chaque histoire se construit d’un enchevêtrement de petits riens du quotidien, mais chaque chute est un coup de poing que nous prenons en plein plexus.

La vie se révèle parfois une route bien dangereuse…

 Format 13,5 x 21,5 – 176 pages – Prix France TTC 16 €

ISBN 978-2-919516-07-0

 

♥  Rejoindre le site de l’éditeur, Le bas vénitien

 

Ce que dit Abdelkader Djemaï dans « Page Blanche à Annick Demouzon »,  chez Françoise Guérin, (D’un auteur à l’autre)

« Mot par mot, virgule par virgule, une œuvre, qui est toujours sans point final, se construit pierre après pierre, comme une maison faite avec son cœur et avec ses propres mains. L’écriture, qui est un chantier infini, demande de la passion et de la patience. Annick Demouzon n’en manque pas. Cette fois, elle nous offre Virages Dangereux, un recueil de nouvelles qui vient de paraître aux éditions le bas vénitien, une maison récente animée par une équipe de passionnés. Ces textes denses et forts ont quasiment paru en même temps que le très beau À l’ombre des grands bois, publié cette année aux éditions du Rocher, Prix Prométhée de la nouvelle et pour lequel j’ai eu l’honneur et le plaisir d’écrire la préface (…) »

 

Pour en savoir plus sur Abdelkader Djemaï aux éditions du Seuil

Ouvrir la Page blanche à Annick Demouzon chez Françoise Guérin

  Pour en savoir plus sur Françoise Guérin elle-même

 

Découvrir la préface à VirageS dangereux

par Annick Demouzon

Pourquoi ces Virages dangereux ?

Parce que, sans doute, chaque instant de la vie n’est que virage — de notre premier jour jusqu’au dernier — et que chacun de ces virages peut nous mener vers l’espoir, la réalisation de nos rêves ou de nos désirs, mais qu’il peut aussi ne se révéler, tout compte fait, que fourvoiement, erreur d’aiguillage, fausse route, dérapage…

Aussi, chacune des dix-sept nouvelles de ce recueil relate un tournant dans la vie de ses héros, mais, de virage à dérapage, il n’y a souvent qu’un petit, si petit pas…

Bien sûr, on pourrait me dire : Mais quelle idée ? La vie, tu crois, est si terrible que ça ? Non, non, pas possible ! Tu exagères !

Et, moi, je répondrais : Non, bien sûr, pas toujours sans doute, mais pourtant…

Et je penserais à tous ces gens que j’ai connus et qui m’ont inspiré ces histoires, à ces entrefilets d’existence saisis ici ou là : parents qui ne savent pas aimer, familles qui se haïssent, et partout des êtres en souffrance qui voudraient tant… Mais quoi ? Et qui, peut-être, espèrent… Oui, mais : « Ne t’en va pas rêver ! » qu’elle leur chuchote, la vie.

Alors, le désir de la mort, parfois, qui frappe à la porte, ou l’envie, soudain, d’être un autre, ou autrement, qui titille, et cette colère en soi, qu’on n’ose dire et encore moins entendre et qui pourtant vous ronge. Petites et grandes misères. La vie humaine, tout simplement (si, si !).

Pourtant, même ainsi, ne pourrait-on également en sourire ?… Ce petit bonhomme, là, n’est-ce pas un peu moi, finalement ? Ces êtres, mes héros, quand je pense à eux, moi, je trouve qu’ils nous ressemblent tant !

Non, je n’ai pas le sentiment d’avoir exagéré, seulement d’avoir agrippé des instants aux cheveux et de leur avoir fait prendre la pose — « Ne bougez plus » —, le temps de quelques lignes, qu’on s’arrête un peu sur eux, tels qu’ils ont pu être ou auraient pu : des « comme si » et des « et si… ? ». En fait, des concentrés de vie — elle n’en fait pas tant de cadeaux, la vie, non ? — et puis, les gens heureux, c’est connu, n’ont pas vraiment d’histoire.

Et… bonnes nouvelles : pas de nouvelles.

Annick Demouzon

Virages dangereux© le bas vénitien

                                                                           

Lire un extrait de la nouvelle

Coup de vent

Cette lettre n’était pas destinée à être lue par un enfant. Aussi est-elle tombée des pages quand Émilie a ouvert son livre et un coup de vent l’a emportée par la fenêtre. Émilie l’a regardée partir, virevoltant dans les airs, et cela l’a beaucoup amusée… un moment.

Puis elle a plongé dans le livre et elle a tout oublié.

*

Là-bas, loin, loin d’ici et loin du temps, la vieille attendait une lettre, depuis longtemps, une lettre qui n’était jamais parvenue jusqu’à elle, une lettre qui — d’ailleurs — n’existait peut-être pas, et, de souffrance, elle avait fini par sombrer.

Personne ne comprenait rien à sa douleur. Personne n’avait jamais rien compris, car personne ne comprend rien à la douleur des autres.

*

Lui, un jour, il s’était rendu chez un papetier, au coin d’une rue, dans cette ville inconnue, où il était de passage :

— Un bloc de papier à lettres, s’il vous plaît.

— Bien, avait demandé le papetier. Quel modèle ?

Et il avait choisi le plus beau, le plus beau selon ses moyens et selon l’époque, mais un papier blanc sans rayures et des enveloppes assorties, doublées d’un grêle papier de soie. Il tirerait des traits à la règle, soigneusement, des traits au crayon ordinaire, sans appuyer, et après, il les gommerait tout doucement, pour ne pas déchirer le papier ni abîmer les lettres et les mots si bien formés à la plume. Dans un café, on lui en prêterait une, et de l’encre.

Alors, il était ressorti de là tout heureux, à l’idée de leur écrire.

*

Un homme s’est penché. Il a vu sur le sol, au pied d’un arbre, coincé dans la grille ronde autour des racines, ce papier qui dépassait, du papier jauni, un peu sale, usé le long des plis, et il l’a ouvert avec précaution. Il était curieux.

Il s’est dit que la vie est étrangement mal faite et cruelle et il a rejeté la feuille dans le caniveau, à côté de l’arbre.

Le soir, en rentrant, il en a parlé à sa femme. Elle a dit : « Oh ! » et c’est tout, puis elle a servi la soupe. Mais, la nuit, en y repensant, elle n’a pas pu s’endormir.

Annick Demouzon

Virages dangereux © le bas vénitien

 

Et un second extrait, choisi dans la nouvelle

Virage dangereux

Le camping-car déboula un peu vite. Ses phares étaient trop faibles, à peine une lueur grise. Il n’avait pas vu le panneau.
La vieille hurla : « Pépé, attention ! »
Trop tard. Le véhicule pesait trop pour pouvoir s’arrêter aussi vite. Il s’écrasa, avec un bruit de froissement poignant, contre le tas de ferraille en accordéon dressé devant lui. Tout s’embrasa aussitôt, illuminant la chaussée d’un éclat cru et brutal.
La vieille avait été éjectée. Elle se redressa et s’appuya contre le tronc d’un platane. Elle voyait par la vitre son vieux flamber. Des cris horribles et puis le silence… un silence atroce, pesant… pas le moindre souffle de vie, même plus les feuilles des platanes, qui s’étaient tues aussi.
Elle sombra.

*

La femme se releva. Elle était jeune : vingt-cinq ans peut-être, peut-être plus, peut-être moins. Elle s’enfonça dans la nuit et reprit le chemin de sa demeure. Ça serait pour une autre fois.
Décidément, rien n’allait plus. Elle se sentait nulle, incapable, désespérée…

*

Il avait fallu prendre des photos, des mesures, établir des plans, supputer, supposer, inventer… et ne rien trouver de plausible. Tout le monde était sur les dents.
On n’avait pas pu tirer un mot de la vieille, des cris, seulement des cris, et ces mots répétés cent fois : « Attention ! Pépé, attention ! » Peut-être plus tard, quand elle irait mieux…
Maintenant, on nettoyait la chaussée, au jet. La sciure avait épongé le sang et l’huile des moteurs. On avait emporté tous les déchets. Il ne restait plus que cette trace, gravée cruellement dans l’écorce du platane, et qui lui ferait comme une cicatrice, un souvenir douloureux, mais tout le monde s’en foutait.

*

Et puis, les journaux locaux et nationaux n’avaient parlé que de ça, pendant plusieurs jours. Et la télé aussi avait montré des photos et des reportages : les gendarmes, les « riverains » — pourtant bien éloignés et qui n’avaient rien vu, rien entendu — et n’importe qui, qui mettait son grain de sel, donnait son opinion : l’homme de la rue et des micro-trottoirs…
Les gens apportaient d’un peu partout des gerbes de fleurs ou des bouquets, qu’ils accrochaient aux arbres. On les filmait. On les photographiait et il en venait de plus en plus, mais l’enquête n’avait rien pu découvrir de particulier ou de certain.
En fait, personne ne comprenait rien à rien… On n’avait pas la moindre idée.
Le Petit courrier avait titré : « L’étrange triangle de la départementale D709bis », et l’idée — amusante — avait été reprise un peu partout. Du coup, il avait fallu un moment établir un service d’ordre spécial, parce que tout le monde voulait voir…

(…)

Annick Demouzon

Virages dangereux © le bas vénitien

Pour connaître les rédactions de la critique, ouvrir le dossier « Revue de presse« 

Un commentaire sur “VirageS dangereux, éditions le bas vénitien

  1. Louis dit :

    Bien écrit, humain, puissant, un plaisir certain.

    J'aime

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